Il y a un an, l'entreprise Verdonne, qui fabrique des meubles en bois à Bréhalles, a fait un choix rare pour une petite société : ses quarante-deux salariés ne travaillent plus que quatre jours par semaine, sans perte de salaire. Douze mois plus tard, le bilan est plutôt positif, même si tout n'a pas été simple.
Au départ, le directeur, Bastien Leroux, cherchait surtout une solution à un problème de recrutement. « Nos métiers sont physiques et peu de jeunes voulaient venir chez nous. Nous ne pouvions pas augmenter beaucoup les salaires, alors nous avons proposé du temps », raconte-t-il.
Concrètement, la durée du travail n'a pas changé : trente-cinq heures par semaine, réparties sur quatre journées de près de neuf heures. L'atelier reste ouvert du lundi au vendredi, car les équipes ne prennent pas toutes le même jour de repos.
Les résultats ont surpris la direction. Les absences pour maladie ont baissé d'un tiers et l'entreprise a reçu trois fois plus de candidatures qu'avant. Cinq postes vacants depuis longtemps ont enfin été pourvus. La production, elle, est restée stable.
Les clients, qui craignaient des retards, n'ont presque rien remarqué. Seul le service de livraison a dû être réorganisé : un transporteur extérieur assure désormais les livraisons du vendredi.
Pourtant, tous les salariés ne sont pas convaincus. Martine Oudin, vernisseuse depuis vingt ans, trouve les journées trop longues. « Le soir, je suis épuisée, et le jour libre sert surtout à me reposer », confie-t-elle. Les parents de jeunes enfants, eux, ont parfois du mal à aller chercher leurs enfants à l'école.
Pour la sociologue Hélène Carrasco, qui a suivi l'expérience, ce modèle ne convient pas à tous les métiers. « Il fonctionne quand l'équipe peut s'organiser elle-même. Dans un commerce ouvert six jours sur sept, c'est beaucoup plus difficile. »
La direction a décidé de continuer, avec une nouveauté : à partir de janvier, les salariés qui le souhaitent pourront revenir à cinq journées plus courtes.